Control freak

Connaissez-vous cette curieuse déviance de l’esprit qui consiste à tout vouloir contrôler ? Ce syndrome du petit chef affecte souvent les personnalités sans relief, conventionnelles, soucieuses de leur apparence et du respect des convenances. Elles prennent le contrôle comme une araignée tisse sa toile.
La patience et l’abnégation sont leur force. Souvent douées d’une forme d’intelligence extrêmement rationnelle et peu créative, ces personnes en abusent pour dominer les autres par un méthodique encerclement mental. La plupart fuient la confrontation et préfèrent les manœuvres d’évitement. Comme un joueur d’échecs, ils conduisent patiemment l’adversaire vers l’encerclement. Car les autres sont des adversaires. Peu fiables, ils ne comprennent pas les véritables enjeux de la vie. Tels des moutons de Panurge, il faut les guider doucement vers l’objectif, sans heurts ni scandales.
Ils sont souvent très pieux, comme si la religion était le poison qui avait instillé en eux cette maladie du contrôle. Bizarrement, leur foi semble fragile, une mince cloison les protégeant suffisamment du dangereux gouffre des questions existentielles. Les control freaks semblent vides à l’intérieur, dépourvus d’émotions, des machines à calculer la vie.
Lorsqu’ils prennent le contrôle d’une structure, ils s’ingénient à tout uniformiser. Ils font repeindre les bureaux d’une teinte homogène, refondent le site web et déclinent toutes ses sections selon un canevas identique, élaguent l’organigramme pour que surtout rien ne dépasse, changent le logo, font refaire les cartes de visite, instaurent des procédures, un nouveau règlement intérieur, des chartes. Ils marquent la structure du sceau de leur uniformité.
Les control freaks tuent la créativité. Ils sont partout. Je suis sûre que vous en avez croisé. Quel est leur pire ennemi ? L’artiste évidemment. Celui dont le comportement anarchique ne produit que de l’inconnu, du subversif, de la transgression et qui porte en lui le chaos des révolutions.

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