4 – Rentrée (1)

La coupure des vacances de Noël l’avait complètement déconnectée de l’école, du laboratoire et de ses nouveaux collègues. À tel point qu’au moment de la reprise, elle commençait à douter d’avoir fait le bon choix. Les quatre premiers mois avaient défilé sans qu’elle s’en rende compte tellement elle avait été occupée. Pourtant elle adorait l’ambiance du labo. Elle faisait partie de l’une des équipes les plus dynamiques, son directeur de thèse était une véritable star dans son domaine et son sujet de recherche la passionnait. Elle avait beau réfléchir, elle ne comprenait pas d’où lui venait maintenant cette désagréable impression s’être fourvoyée. Sur le papier tous les indicateurs étaient au vert. Pourtant, par ce matin blême de janvier, un clignotant orange s’était allumé dans sa tête. Il était enfoui dans des strates de sa conscience suffisamment profondes pour qu’elle en ignore la cause précise. Mais sa courte expérience de la vie lui avait appris à ne pas négliger ce genre de signal.
Elle ruminait, son bonnet appuyé contre la vitre du tram couverte de buée, lorsque l’annonce de la station suivante la tira de ses pensées. Baggersee, c’est là qu’elle devait changer.

Elle descendit sur le quai et consulta l’affichage pour connaître le temps d’attente de la prochaine rame A qui devait la conduire à la station « Campus d’Illkirch ». Dix minutes ! D’abord Strobe et maintenant le tram. Décidément, tout se liguait contre elle ce matin. Et la dernière chose qu’elle voulait c’est d’arriver en retard à son premier cours.
La neige s’était mise à tomber à gros flocons. Elle piétinait sur place en essayant de se protéger des bourrasques sous l’abri vitré. Mais il était clair qu’il n’avait pas été conçu pour ça. Elle avait maintenant l’image d’un Strobe suppliant qui tournait en boucle dans sa tête. Elle tentait de le chasser, mais il revenait obstinément. Qu’est-ce qui avait bien pu le mettre dans cet état ? Même en envisageant les scénarios les plus extravagants, rien ne permettait d’expliquer logiquement ce qu’elle avait vu tout à l’heure. Elle en vint à se reprocher de l’avoir envoyé balader, sans même avoir cherché à savoir ce qui n’allait pas. Les mots « non-assistance à personne en danger » s’imprimèrent en lettres rouges capitales dans son esprit. Et s’il avait vraiment besoin d’aide ? Et s’il lui arrivait quelque chose ? Décidément tu n’es qu’une indécrottable pauvre idiote. Tu ne changeras jamais. Trop bonne, trop conne.

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