4 – Rentrée (2)

Elle déboula hors d’haleine dans l’immense bulle vitrée qui formait le hall d’accueil de l’ENSPhyS. Il était 8 h 35. Les salles de travaux pratiques étant situées au cinquième étage, elle hésita un instant lorsqu’elle constata que même cinq minutes après le début des cours, de nombreux étudiants se pressaient encore aux portes des deux ascenseurs. Elle savait d’expérience qu’ils adaptaient leur ponctualité à celle de leur prof et se souvint que Le Foll était plutôt du genre à se faire désirer. Elle opta donc pour les escaliers. En chemin, elle rencontra Sami, l’homme à tout faire de l’école.
— Salut mademoiselle, bonne année !
— Bonne année à toi aussi Sami !
— Merci bien !
Elle lui trouva une mine particulièrement affectée. Chaque fois qu’elle le croisait, il était en train de pousser ce grand chariot à roulettes qui faisait un bruit d’enfer. Elle pensa immédiatement au mythe de Sisyphe et se demanda quel Dieu il avait bien pu défier dans une vie antérieure.
Elle ouvrit la porte donnant sur le couloir du cinquième au bord de l’apoplexie d’avoir gravi toutes les marches deux par deux. Elle jura intérieurement en se disant que maintenant il lui faudrait au moins dix minutes pour reprendre son souffle. Le brouhaha des discussions de rentrée était assourdissant. Personne ne faisait attention à elle, d’ailleurs pourquoi l’auraient-ils fait ? À peine 6 mois plus tôt, elle faisait encore partie des leurs et comme son nom n’apparaissait pas sur l’emploi du temps, ils n’avaient aucune raison de penser qu’elle était leur prof. Elle parcourut rapidement la foule du regard. Elle ne voyait pas son collègue. La porte de la salle était verrouillée par un système de badge et elle savait que seuls les enseignants permanents y avaient accès. Elle prit son téléphone et composa le numéro de son directeur de thèse. Déjà dix minutes de retard, décidément, ce premier cours commençait mal.

Lecteur de badge

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