2 – Ouverture

Un mois plus tôt.

Émeline Tardi tira de toutes ses forces pour faire pivoter la porte d’entrée de son immeuble sur ses gonds ancestraux. Elle pensait à ce bouquet qu’elle avait reçu la veille. De magnifiques roses blanches sans un mot. Elle remarqua que le trottoir était mouillé et se demanda si elle avait fermé le Velux de sa chambre. Elle ne reconnut pas tout de suite la silhouette massive qui l’attendait de l’autre côté de la ruelle. Lorsqu’elle l’identifia, un froid glacial l’enveloppa au point qu’elle se mit à trembler. Pierre Strobe était là. Il était méconnaissable. Elle avait fini par s’habituer à son crâne rasé, aux tatouages qui masquaient ses cicatrices, mais là c’était autre chose. Il avait l’air désespéré.
— Alors c’était toi les fleurs. J’aurais dû m’en douter.
— Laisse-moi t’expliquer s’il te plait.
— Et pourquoi je ferais ça ?
— Parce qu’après il sera trop tard.
Elle ravala la réplique qu’elle avait préparée, tant la réponse était improbable. Le ton aussi. Elle croisa son regard et y vit un reflet brillant tout à fait inhabituel. Elle chassa le sentiment de pitié qui commençait à l’envahir et tenta par tous les moyens de se souvenir du Pierre Strobe d’avant, celui qui l’avait harcelée pendant des semaines, celui qui l’avait traitée de tous les noms, celui qui l’avait violée.
— Tu veux que je te plaigne, c’est ça ?
— Non, bien sûr que non.
— Alors quoi ?
— Je voudrais juste parler à une femme avant de mourir.

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